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Articles

Chronique 23, 15 novembre 2020

     Rêve, nuit du 14 au 15 novembre. Je feuilletais le grand livre du  livre de la vie , image ne me quittant plus depuis que je l’ai découverte dans le texte de l’Apocalypse au verset suivant :  « On ouvrit des livres, puis un autre encore : le livre de la vie. » (Apocalypse 20, 1, 16)  Ce texte est un peu plus loin de moi maintenant qu’il y a quelques mois mais c’est une distance seulement géographique, comme avec les êtres que l’on aime, et qui vivent en nous : nulle séparation dans l’invisible mais grande peuplade inter-pénétrante, les rêves nous le révèlent bien : ce sont les formes et les couleurs qui changent, les formes et les couleurs, seulement. Et qu’est-ce que c’est que cette peur de  vivre dans les livres  ? Ne sommes-nous pas constamment en train de  vivre des histoires  ? De nous en raconter ? Et par là même, de trouver le sens de notre vie ou son absurdité ? Par cette faculté fabulatric...

Chronique 22, lundi 12 octobre 2020

« Voici que je fais toutes choses nouvelles ».  Il n’y a rien à inventer, tout est à lire. Mon livre de chair s’ouvre et je dessine dans le noir. Le texte de  L’Apocalypse  est près de moi depuis que l’ange a sonné de la trompette et m’a mis ce texte entre les mains.  « Heureux celui qui lit, heureux ceux qui écoutent les paroles de la prophétie et gardent ce qui est écrit en elle, car le temps est proche. »  Le temps est Maintenant pour celui qui découvre l’éternel dans l’instant. Passé, présent et futur se confondent dans la brèche qu’ouvre mon corps vers l’au-delà des mots : le silence, cette source.  Que chaque parole que je prononce transforme le cours des choses ou ne soit pas.  « On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve ».  Que le temps soit vivant, toutes fois pour toutes.  Je veux danser le livre de la vie commençant par une chute et avec le Verbe, recouvrir ma  verticalité . J’ai écri...

Chronique 21, 24 septembre 2020

Fabrice répondait à un coup de téléphone, pendant ce temps-là je regardais du côté des  Filles du feu  de Nerval et de  Rimbaud le fils  de Michon… A la fin de l’appel, il me dit « Viens voir » : à ses pieds une pile de livres est tombée et a découvert  La chute  de Camus. Je ne savais justement pas quel livre attraper pour apporter ma contribution à la constellation de livres de l’atelier de lecture, de danse et d’écriture que je donnerais le lendemain. J’attendais une évidence, j’attendais d’être lue. C’était tout choisi à cet instant-là où la vie donnait son premier et son dernier mot dans un coup de dés qui n’abolira jamais… Au cours de cette après-midi pluvieuse à l’abri que j’étais dans la librairie « Le plaisir du texte ». J’ai lu ce livre il y a longtemps, adolescente, je ne me souviens que de l’endroit où je l’ai lu d’une seule traite sur un stade d’une ville qui m’ennuyait, moi, impatiente d’absolu. J’attendais le dernier ...

Billet d'été -3- de lectures dansées, 26 août 2020

J’aime la sonorité du mot  passage…  En particulier pour qualifier l’extrait d’un livre que l’on choisit de lire à haute voix ou de recopier pour soi ou pour quelqu’un. En lisant le récit de la vie de l’artiste Mina Loy (1882-1966),  Mina Loy, éperdument  de Matthieu Terence (digne d’un très bon roman d’aventures), j’ai découvert une façon qui me plaît beaucoup beaucoup de nommer ces mystérieux objets que sont les livres comme elle le faisait elle-même en parlant de  petites portes ouvertes sur l’infini . Choisir un passage prend une toute autre dimension dans cette conscience-là. Comment me suis-je retrouvée à lire la vie de cette femme ? Par un beau tour dans le labyrinthe encore ! Et cette fois dans celui des relations amoureuses. Echangeant avec fougue avec mon amie Sophie sur la philosophe et psychanalyste Anne Dufourmantelle, auteur notamment de l ’Eloge du risque  et décédée en 2017 en sauvant des enfants de la noyade, je fais le lien entre...

Billet d'été -2- de lectures dansées, 14 juillet 2020

J’aime lire les dernières phrases d’un roman pour savoir. Pas pour savoir la fin, pour la VOIR. C’est pictural, c’est  une aventure de lignes  pour laquelle je veux embarquer. Quelque chose d’immédiat tout sauf linéaire  « à gauche, aussi, à droite, en profondeur, à volonté. Pas de trajets, mille trajets… »  ce que Michaux est allé chercher dans la peinture car il trouvait les livres ennuyeux avec leur route à sens unique, tracée à l’avance pour le lecteur. J’aime lire les dernières phrases d’un roman avant de prendre mon billet, c’est ce que je disais à Fabrice au fond de la librairie mal éclairée en ayant peine à discerner les derniers mots du  Palais de glace  de Tarjei Vessas que j’hésitais encore, plus pour longtemps, à emporter. Aux derniers mots on VOIT très bien si tout est construit sur une histoire dont la fin est une vraie fin ou si le livre se fait le relai du silence, de l’amour, d’un  voyage infini  où les formes, les coul...

Billet d'été -1- de lectures dansées, 26 juin 2020

Essuyer avec la main la poussière de  Sous le volcan [1] .  Déplacer la bougie qui était éteinte dont  Sous le volcan  avait été le support toute la nuit. Avec les allumettes qui trainent faire des lignes d’allumettes plutôt que d’écriture. Quitter la position assise, s’allonger, attraper un livre à portée de main, le premier qui vient le présenter face ciel aux nuages et aux martinets, défaire les lignes d’allumettes, regarder les méduses de la première page de couverture, sentir l’eau dans l’encre, ses remous et son écume dans les marges et les alinéas surtout. Ne pas passer entre les mots, être prise par un passage /  « Il n’existe rien de plus difficile que de s’abandonner à l’instant. Cette difficulté est la douleur humaine. Elle est nôtre. Je m’abandonne en mots et je m’abandonne quand je peins. » [2]  /  Je m’abandonne en poussières quand je danse.  Sacha Steurer [1]   Malcom Lowry,  Sous le volcan , Editions G...

Chronique 20, 15 juin 2020

Au fur et à mesure que des signes apparaissent ce n’est pas que mon reflet s’efface tout à fait mais je ne le vois plus : Je plonge avec la part silencieuse des mots et je m’ entrevois seulement si je perds le contact avec l’invisible  « …l’ espace entre celui qui voit et ce qui est vu, cet espace est lumière… l’espace entre celui qui pense et ce qui est pensé, cet espace est silence. » [1] Noté cette phrase avant le coucher sur le cahier en préparant mon rendez-vous avec E. de ce matin. Rêvé de chutes de corps à l’infini comme sur cette carte du Tarot de Marseille : Maison-Dieu. Envoyé hier à S. qui cherche une maison depuis des années deux vers du Psaume 26 :  « Je n’adresse au Seigneur qu’une seule demande, je la répète sans cesse : c’est d’habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie … »  Depuis ce matin dans ma maison j’écoute les Métamorphoses de Philippe Glass et je me demande sur quel principe musical ont-elles-ét...